Né en 1921 à Mercatellio (Italie), Dante vécut son enfance en France à Sin-le-Noble, puis à Vitry-en-Artois (Nord), son père fuyant le régime politique italien avec sa famille (2 frères, 2 sťurs). À l'âge de cinq ans, il commence à jouer de la batterie et de l'accordéon dans l'orchestre familial pour animer en fin de semaine l'estaminet tenu par son père dans ce rude pays minier.


À la fin de la seconde guerre mondiale après une difficile expérience au S.T.O. (service du travail obligatoire) en Allemagne, Dante commence sa carrière professionnelle avec Joss Baselli, Pierre Schaub, Bruno Juskowiak. Les tournées s'enchaînent, il est alors remarqué par Jacques Hélian (orchestre vedette de l'après guerre au sein duquel Dante Agostini, Kenny Clarke et Jacques-François Juskowiak ont tenu la batterie à des époques différentes).



En 1952, c'est le début d'une longue carrière parisienne. J.Baselli, B.Juskowiak et Dante prennent quartier place Goudeau sur la Butte Montmartre (à côté du célèbre bateau lavoir où Picasso et les peintres cubistes avaient élus domicile).

Dante autodidacte éprouve le besoin, devant les réalités de son métier, d'approfondir ses connaissances en solfège avec l'aide de B.Juskowiak (violoniste premier prix de conservatoire).

Professionnellement, tout s'enchaîne, les séances de studio, les accompagnements (Luis Mariano, Charles Trénet) et surtout la place de titulaire dans l'orchestre de l'Olympia, où il accompagne Frank Sinatra, Jerry Lewis et beaucoup d'autres.



Parallèlement, Dante allait une fois le spectacle terminé jouer dans les clubs de jazz de l'époque (Les Trois Maillets, le caveau de la Huchette, le Chat qui Pèche, le Fürstenberg endroit où il joua pour la dernière fois un soir d'avril 1980). Dans tous ces lieux, il côtoie de grands musiciens de l'époque : Kenny Clarke, Art Blakey, Eddy Louis, Dizzy Gillespie, Art Taylor, Philly Joe Jones, Miles Davis, Milt Jackson ...

Paris dans les années 55-60 était en effet une des plaques tournantes du jazz en Europe. Ce bouillon de culture be-bop et surtout hard-bop avec les différentes façons d'interpréter un même thème de jazz donnèrent l'idée à Dante Agostini d'interpréter et de travailler ces thèmes à différentes vitesses et différents débits. Bien avant l'heure c'était déjà le volume 3.

De là naquit le désir d'écrire une méthode et de structurer un apprentissage autour de la batterie qui n'existait pratiquement pas.

Solfège rythmique n°1
1ère méthode Agostini
Solfège syncopé n°1


Au contact de tous ces merveilleux musiciens, Dante ne comprenait pas pourquoi les pianistes, trompettistes et saxophonistes avaient leurs gammes et que les batteurs n'en possédaient pas, chose qu'il prit à coeur de rectifier en travaillant à l'élaboration d'un ouvrage qui fut l'ancêtre de l'actuel volume 2.

L'idée de génie qui aujourd'hui paraît d'une banalité déconcertante, fut d' attribuer un "doigté" de lecture immuable (première double à droite, deuxième à gauche, troisième à droite, et quatrième à gauche, pour les droitiers évidemment).

Ceci peut paraître risible aujourd'hui mais à l'époque c'était une véritable révolution pour les batteurs et percussionnistes (surtout débutants) car personne ne savait par exemple de quelle main jouer une croche pointée et une double croche, pour ne donner qu'un exemple enfantin.

En 1965 avec l'aide de Kenny Clarke et de la maison Selmer (facteur d'instrument), Dante créa la première "École" de batterie digne de ce nom où Jacques-François Juskowiak eut le privilège d'être le premier élève et assistant. Très vite malgré le scepticisme des professionnels de l'époque ce fut une réussite.

De toute la France venaient des étudiants qui ont trouvé en cet endroit de quoi satisfaire leur désir d'apprendre. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque on ne trouvait que quelques batteurs qui donnaient des cours particuliers et ceci avec tous les aléas dus à leurs activités professionnelles. Grâce à Jean-Louis Chautemps (saxophoniste) qui dirigeait une classe de jazz au conservatoire de St-Germain-en-Laye (autre grande première), Dante créa une classe de batterie dans ce conservatoire (une véritable innovation iconoclastique).

La fréquentation de l'école rue de la Fontaine-au-Roy et de ce conservatoire fut une véritable réussite, et le gratin national et mondial de la musique ne manquait pas au hasard des tournées de venir voir ce creuset de futurs batteurs. Combien de fois n'a t'on vu entrer dans la salle de cours Claude Nougaro, Archie Sheep, Art Taylor, Max Roach, Sam Woodwyard, Elvin Jones, Benny Vasseur, Eddy Louis et bien d'autres.

Des saxophonistes célèbres venaient même jouer avec lui les pages Solfège Syncopé (encore une révolution car aucun ouvrage ne traitait réellement de cette forme d'écriture). Dante toujours aussi productif quant aux textes pédagogiques n'en assurait pas moins la batterie aux Folies Bergères, ainsi que l'accompagnement de nombreuses vedettes de l'époque.

Dante Agostini & Jacques François Juskowiak

Tout le gotha français ne manquait de venir le voir comme l'on va voir un sage avec les éternelles préoccupations, la technique, la lecture, le feeling. En ces occasions, il ne manquait de rappeler qu'il enseignait à se servir d'un instrument mais que la réussite d'un élève dépend surtout de sa sensibilité musicale, de son intelligence et de son talent.

Quant à la lecture il ne cessait de répéter : "Que penseriez vous d'un analphabète face à un livre ? La technique ne peut pas desservir un bon musicien puisqu'elle ne représente pas une fin en soi, elle ne peut que l'aider à mieux s'exprimer". N'oublions jamais combien de gens lui doivent aujourd'hui, le plaisir de pouvoir vivre de cet instrument.